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jeudi 31 mai 2012

Du 25 mai au 3 juin 1940, les "little ships" anglais au secours des Alliés bloqués à Dunkerque

En mai et juin 1940, lors de la Bataille de France, un million de soldats alliés sont repoussés par la blitzkrieg (guerre éclair) de l’armée allemande. Bloquées sur les plages de Dunkerque, les Alliés n’ont d’autres issues que d’embarquer vers l’Angleterre.
La Royal Navy engage des navires de guerre mais la faible déclivité des plages ne leur permet pas d’y accéder et d’embarquer les troupes. Il faut mobiliser des navires civils plus adaptés : chalutiers, remorqueurs, péniches, yachts… Ils seront près de 400 «little ships» à faire le voyage depuis Douvres. Sur place, ils feront des norias entre les plages, où ils récupèrent les soldats pris au piège, et les navires mouillés au large. Dunkerque, les plages, les bateaux, sont pilonnés par les bombardiers et panzers ­allemands.
Retour victorieux du Massey Shaw après Dunkerque.
La présence d’un bateau-pompe dans cette "Opération Dynamo" est jugée utile par l’Amirauté. Le Massey Shaw, ­bateau-pompe londonien, après sélection d’un équipage de volontaires, est dirigé vers Ramsgate, point de ralliement des navires en partance pour la France. On raconte qu’un équipier était allé acheter une boussole dans un drugstore car ce navire fluvial n’avait pas de compas !
Les parties visibles du navire sont peintes en gris de manière à les camoufler.


Embarquement des troupes anglaises.

La traversée de la Manche de nuit fût mouvementée pour un navire à fond plat peu adapté à la haute mer. Sur place, il parut dérisoire d’engager une lutte contre les incendies et le Massy Shaw participa donc au sauvetage des troupes. Evoluant entre les mines et la pluie d’obus et de bombes, il effectuera trois rotations entre Dunkerque et Ramsgate, mettant en sécurité plus de 600 soldats et marins. Le Massey Shaw a été l’un des derniers little ships à quitter la zone après l’ordre de repli. A part la perte de son ancre, le navire a subi très peu de dommages et l’équipage est sain et sauf.
Mais le Massey Shaw n’a pas fini de faire parler de lui. Sur la route de retour vers Londres il recueillera les 37 membres de l’équipage (dont beaucoup sont blessés) du cargo français Emile de Champ, coulé par une mine. Son arrivée à Londres fût un thriomphe mérité ! Durant les neuf jours de l’opération Dynamo, plus de 250 embarcations ont été envoyées par le fond.

Pour plus d'information sur l'évacuation de Dunkerque et en particulier le rôle des bateaux de la Royale, voir ce blog.  

mercredi 8 février 2012

Lady of Mann I quittant Ramsey

Lady of Mann I (1930) quittant Ramsey, dessiné par J. Nicholson  
(coll agence Adhémar)
Nous avons déjà beaucoup parlé de la plus ancienne des compagnies maritimes, celle de l'Isle de Mann (IOMSPCo). (voir notre blog). Voici un autre des fleurons de sa flotte de ferries, dans la série des timbres dessinés par J. Nicholson et publiée par la poste de l'Isle de Man le 15 septembre 1993.

Lady of Mann I a été, à son lancement en 1930 pour le centenaire de la compagnie, le plus grand bateau construit pour le service postal. Le ferry porte le nom de sa marraine, la duchesse d'Atholl, Lady of Mann. Connu pour avoir été «construit par des contre-mâitres», ce qui expliquerait sa longévité (!), il l'a été pendant la grande dépression quand les ouvriers étaient au chômage et que le chantier survivait en faisant travailler ses cadres. 
Sa célébrité commence au début de la Seconde Guerre mondiale quand, réquisitionné, il participe à l'évacuation de Dunkerque pendant laquelle, resté six heures sous les bombardements le 31 mai 1940, il s'en tire sans trop de dommages et ayant un avion et le rapatriement de 4262 soldats à son actif. Il y retournera deux fois, ramenant 1500 blessés la première fois, le 1er juin et personne le lendemain (l'évacuation étant suspendue), récupérant au passage 18 soldats français en péril sur une petite embarcation. Le 4 juin, il fait sa dernière rotation embarquant 1244 soldats en une heure à la jetée Est, quelques heures avant la fin de l'opération Dynamo. 
Douze jours plus tard, il participe à l'opération Aerial d'évacuation de troupes du Havre, Dunkerque et Brest. Il est l'un des trois derniers bateaux à quitter Le Havre, emmenant 5000 soldats (il était conçu pour 2873 passagers) sous l'attaque aérienne. 
D'août 1940 à avril 1944, il servit de transport de troupes entre Invergodon, Aberdeen, Lerwick et les îles Feroes et comme navette (tender), parmi d'autres pour le grand cunarder Queen Mary devenu transport de troupes. 
En prévision du D-Day, Lady of Mann I est transformé en LSI (Landing Ship Infantry), bateau de débarquement pouvant transporter six barges, 55 officiers et 435 soldats. Il participe au Jour le plus long à Juno Beach en tant que navire amiral de la 512th Assault Flotilla. Il passe le reste de la guerre, après réparations, au transport de personnel à travers la Manche. Lady of Mann I est reconditionné et reprend du service à l'île de Man en mai 1946 après avoir transporté environ 2 millions de soldats. Il continuera à servir jusqu'à 1971.

Lady of Mann I was the largest ship ever built for the Steam Packet. She was launched in the 1930, company's Centenary year by the Duchess of Atholl, The Lady of Mann, after whom she was named. Lady of Mann exceeded 22 knots on trials and her speed was often over 23 knots in service. Described as " foreman built ", she was constructed during the depression which started in 1929. Most of the builder's yard staff had been laid off and it was only the key men who had been retained that built her. They obviously did a good job for her to last in service for so long.
She was requistioned as a personnel ship at the outbreak of the Second World War and because of her turn of speed, she was able to get in and out of the Dunkirk bombardments to lift 4,262 men back to England. She spent 6 hours in Dunkirk on May 31st 1940 and despite being shelled by shore batteries and dive-bombed she emerged with little damage and a claim of one aircraft shot down. She returned to Dunkirk on the 1st June to take off 1,500 casualties and was back again on the following day, but was ordered out for lack of troops although she did rescue 18 French soldiers from a small boat on the way back to England. She made her last trip to Dunkirk in the early hours of the 4th June embarking 1,244 troops in an hour from the East Pier. Operation Dynamo ended that afternoon. Twelve days later she became part of Operation Aerial to evacuate troops from Le Havre, Cherbourg and Brest, and as one of the last three ships to leave Le Havre, she steamed out under air attack carrying an estimated 5,000 on board ( she was only designed to carry 2,873 passengers ). From August 1940 until April 1944 she was on trooping duties between Invergordon, Aberdeen and Lerwick to the Faroes as well as acting as tender to the RMS Queen Mary ferrying allied troops from the Queen Mary in Belfast Lough to Greenock. She was one of several ships which serviced the big Cunarder. In the build up prior to the D-Day landings she was converted to a LSI (H), Landing Ship Infantry (Hand Hoisting), carrying six landing craft, 55 officers and 435 assault troops and took part in the landings at Juno beach as the headquarters ship 512th Assault Flotilla. She retired for repairs later in the month and then returned to duties as a personnel vessel for the remainder of the war moving troops and displaced persons across the Channel. Lady of Mann was finally reconditioned and returned to Steam Packet service in May '46 after carrying an estimated 2,000,000 troops. She returned to service after the war and continued to serve the company until 1971.

lundi 8 novembre 2010

Le torpilleur Branlebas et l'opération Dynamo

torpilleur Branlebas

Torpilleur Branlebas en 1939 (photos collection Alain V)


Le torpilleur Branlebas a été cité récemment pour avoir recueilli les naufragés du torpilleur Bourrasque, lors de l'opération Dynamo; évacuation de Dunkerque.


Voici la description de ce navire.


Il s'agit d'un petit torpilleur de 610 tonnes, du type Melpomène; une série de 12 navires:
La Melpomène, La Flore, La Pomone, L'Iphigénie, La Bayonnaise, La Cordelière, L'Incomprise, La Poursuivante, Bombarde, Branlebas, Bouclier et Baliste.


Le Branlebas, a été mis sur cale aux chantiers Augustin Normand au Havre, le 27 août 1934; lancé le 12 avril 1937; et est entré en service le 16 mars 1938.
caractéristiques: 610 tonnes; 708 tonnes en pleine charge
longueur: 80,7 m; largeur 7,2 m; tirant d'eau 2,83 m
puissance des turbines: 22 000 cv; vitesse 34,5 nœuds
effectif: 92 hommes
Armement: 2 canons de 100 mm; 2 x 37 mm; 4 mitrailleuses; 2 tubes lance- torpilles

Historique du Branlebas
Le 3 mai 1938, des son entrée en service, le Branlebas est affecté à la 11ém division de torpilleurs basée à Cherbourg, les 18 et 19 juillet 1938, il participe à Boulogne aux cérémonies en l'honneur des souverains britanniques en visite officielle en France. Le 6 décembre 1938, en compagnie du Bouclier, ils amènent au Havre 250 mécaniciens, chauffeurs pour remplacer le personnel gréviste pour permettre le départ du paquebot Paris. Le 12 février 1939, il est à Saint Malo à l'occasion du pardon des Terre-neuvas; le 17 mars 1939, il embarque l'amiral Rivet, Préfet Maritime changé du dispositif escortant le Président de la République, Albert Lebrun pendant son voyage en Angleterre.
Le 27 août 1939, par suite de l'évolution de la situation internationale, les Forces Maritimes du Nord dont fait partie la 11ém DT sont basées à Dunkerque. Le 11 janvier 1940, le Branlebas entre en carénage à Cherbourg.
Le 28 mars 1940, La Cordelière et le Branlebas sont engagés par trois Heinkel 111 allemands.
Le 8 mai 1940, le Branlebas capture le cargo-mixte danois Australian, suite à l'attaque allemande sur la Norvège.
Le19 mai 1940, au cours de patrouilles sur la cote belge, la 11ém DT subit cinq attaques aériennes au large de Newport sur la cote Belge, avant de rentrer sur Dunkerque; ces attaques ont fait deux morts et 30 blessés sur le Branlebas, les torpilleurs endommagés se replient sur Cherbourg pour réparer.

L'opération Dynamo consistant en l'évacuation du camp retranché de Dunkerque commence le 26 mai 1940, le Branlebas est indisponible pour réparations à Cherbourg jusqu'au 29 mai, suite aux attaques du 19 mai sur les cotes belges.
Le 29 mai, l'évacuation complète du personnel commence à bord des navires de guerre français; le 30 mai, le Branlebas et le Bourrasque passent au nord des champs de mines pour rejoindre Dunkerque lorsqu' ils sont canonnés par une batterie côtière ennemie dont ils esquivent les tirs, à 28 nœuds ; à Dunkerque ils embarquent 300 hommes sur le Branlebas, et 600 sur le Bourrasque qui est plus grand; les deux navires repassent à 25 nœuds, devant la batterie côtière allemande qui tire à nouveau sur les torpilleurs,lorsqu' à 16 h 25 une explosion à lieu à bord de la Bourrasque, qui stoppe et s'enfonce par l'arrière, et commence à chavirer sur tribord, le Branlebas déjà surchargé, recueille une centaine de naufragés; deux chalutiers britanniques à proximité,participent au sauvetage des survivants, le Branlebas reste sur le site jusqu'à 18 h 52, puis reprend la route de Douvres, ou il arrive à 22 h 32. Les causes de la perte de la Bourrasque n'ont pas été élucidées avec certitude; le commandant du torpilleur pense avoir été touché par un obus allemand tiré de la cote, alors que la commission d'enquête, penche pour une mine du barrage français ayant dérivée sous le courant, une mine magnétique allemande étant exclue dans cette zone, et un simple obus d'artillerie ne pouvant semble t'il causer autant de dégâts au torpilleur.
Le 1er juin, le Branlebas escorte la malle Rouen de Douvres à Folkestone, puis sur retourne sur Dunkerque, ou il prend 300 passagers qu'il débarque à Folkestone, à compter du 2 juin, les rotations se font de nuit, pour diminuer les risques d'attaque. Le 2 juin, 340 personnes sont encore évacuées par le Branlebas, le 3 juin il ramène 300 hommes et est le dernier navire français à franchir la passe de Dunkerque; il rallie Cherbourg le 4 juin; à compter du 6 juin, il escorte le mouilleur de mines Pollux chargé de renforcer les champs de mines au Nord de l'embouchure de la Somme; le 16 juin, le Branlebas patrouille sur les cotes normandes; Cherbourg étant sur le point de tomber, la 11ém DT rejoint la rade de Spithead en Angleterre, ou le Branlebas arrive le 20 juin.

L'armistice entre en vigueur le 25 juin 1940; le 3 juillet c'est l'opération Catapult, le Branlebas est à quai dans l'arsenal de Porsmouth, lorsque les anglais s'en emparent par la ruse.

Le Branlebas est alors incorporé dans la Royal Navy, il est remis en état par l'arsenal de Portsmouth; jusqu'en octobre 1940, il effectue des missions d'escorte de cargos; le 13 décembre 1940 au cours d'une mission, le Branlebas se casse en deux, au cours d'une tempête, et coule immédiatement, seuls trois survivants seront recueillis, quatre jours plus tard.

Le point faible de ces petits torpilleurs très rapides était leur faible largeur, d'où une faiblesse de la coque, les chaudières sont entrées de justesse dans des formes de coque limitées par la contrainte du tonnage et ont amené les ingénieurs à gagner sur les structures du pont, ce défaut était connu des commandants, qui en tenaient compte, mais pas des britanniques, on soupçonne cette faiblesse structurelle d'être à l'origine de la perte corps et biens du Branlebas disparu par grosse mer.

Sort des onze autres unités du même type:

-La Melpomène; La Flore; La Cordelière; L'Incomprise; Bouclier sont saisis par les britanniques lors de l'opération Catapult, le 3 juillet 1940.
La Melpomène et le Bouclier seront remis aux FNFL.
La Flore; La Cordelière; L'Incomprise,sont armés par la Royal Navy.
Ces cinq navires seront rendus en septembre 1945 à la Marine Nationale, et vont à Landevennec avant d'être démolis au cours de l'année 1950, sans avoir été réarmés.

-La Pomone; L'Iphigénie; la Bombarde sont capturés à Bizerte par les allemands, le 8 décembre 1942, et rebaptisés respectivement: TA10; TA11 et TA9. Le TA10 ex Pomone est coulé le 17 janvier 1944 par destroyer britannique Eclipse. Le TA11 ex Iphigénie est coulé le 10 septembre 1943, par le tir de vedettes et de tanks italiensdevant Piombino. Le TA9 ex Bombarde est coulé le 23 août, 1944 Par les bombardements américains sur Toulon.

-La Bayonnaise; La Poursuivante et le Baliste sont sabordés à Toulon le 27 novembre 1942.
La Bayonnaise est renflouée en avril 1943 par les allemands rebaptisée TA13 et sabordée le 25 août 1944 à Toulon.
La Poursuivante est renflouée en juillet 1943 jugée irrécupérable, elle est démolie partiellement pendant la guerre, sa coque est coulée accidentellement en 1947, alors qu'elle est en remorque vers un chantier de démolition.
Le Baliste est renfloué en mai 1943 devient l'allemand TA12, il est coulé 22 aout 1943, par le destroyer Eclipse devant Rhodes.


Alain

jeudi 4 novembre 2010

Le torpilleur Bourrasque pendant l'évacuation de Dunkerque

Ce sont pas moins de 38 bâtiments de guerre et 89 navires auxiliaires français qui ont participé à l'évacuation des troupes franco-britanniques de Dunkerque en 1940.  

 
Parmi ses pertes, 7 torpilleurs sont coulés, dont Bourrasque (ci-dessus), touché, le 30 mai, par une mine, causant la mort d'environ 500 soldats et marins.


Un autre torpilleur, Branle-Bas, s'apprêtant également à gagner Douvres, se porte au secours des survivants dans une mer, par chance, relativement calme.


Appelés torpilleurs d’escadre pour les différencier des contre-torpilleurs, la classe "Bourrasque" devient le premier standard de destroyer a être contruit en France après la Première Guerre mondiale. Les douzes navires de la classe vont être lançés en 1924-25 et admis en 1926-27 au service actif, regroupés en Division de Torpilleurs (DT) par groupe de trois. Plus de la moitié sera perdue pendant la Deuxième Guerre mondiale. Son armement était très puissant (quatre tourelles simple de 130mm) pour l’époque mais la cadence de tir était vraiment lente (quatre à cinq salves par minute). Sur certains navires, la tourelle numéro trois sera enlevée en 1940 pour améliorer la stabilité.
Sa défense antiaérienne constituée de seulement un canon de 75mm et de deux mitrailleuses de 8mm se verra renforcée dans les années trente par le remplacement du canon de 75mm par deux de 37mm puis par l’adjonction de mitrailleuses de 13.2mm. Les survivants se verront équipés en 1943 d’un canon bofor de 40mm et de 3 canons de 20mm supplémentaires.
Il est aussi équipé de deux affûts triple lance-torpilles et de deux grenadeurs sous-marins (20 grenades de 250kg chacunes) mais ne posséde pas d’appareil pour pouvoir repérer les sous-marins.
Construit aux Ateliers et Chantiers de France, lancé en août 1925, Bourrasque entre en service en septembre 1926.
Affecté à la 4e Division de Torpilleurs, il participe à l’escorte de convois avant de heurter une mine et couler en mai 1940 alors qu’il participe à l’évacuation de Dunkerque. (Source 3e DLM)