lundi 25 octobre 2010

Le cuirassé de 1er rang Brennus

Le cuirassé de 1er rang Brennus (coll Agence Adhémar)
Ce dimanche, notre ami Alain, grand spécialiste de la Royale, à propos de la visite du président Loubet à Toulon, citait le cuirassé Brennus
En voici la fiche signalétique que nous devons à Christian Sourdaine.

Dimensions: déplacement d'origine 10 983 tonnes à pleine charge - longueur hors-tout 114,46m - largeur hors-tout 20,62m - tirant d'eau avant 7,70m, arrière 8,49m, moyen 8,19m - à l'origine, deux mâts militaires, hauts de 37,67 m à l'avant et de 32,40 m à l'arrière.
Propulsion : deux machines Indret à pilon et à 4 cylindres - 32 chaudières Belleville timbrées à 17kg - deux hélices à 4 pales de 5,4m de diamètre - puissance prévue 13 500 CV - charbon 585t et à pleine charge 745t - rayon d'action à pleine charge 741 milles à 17 noeuds - deux cheminées rectangulaires de 15,04m de hauteur.
Protection : poids total 3 743t - ceinture cuirassée de 300/400mm d'épaisseur, d'une hauteur totale de 1,98m à 2,10, dont le can supérieur est de 0,32m à l'arrière au dessus de la flottaison - cuirasse mince de 100mm d'épaisseur d'une hauteur totale de 2,20m à l'avant, 1,20m au milieu et de 0,90m à l'arrière - deux ponts blindés de 60 et 20mm - tourelles de 340 : 400/450mm - tourelles de 164,7mm : 100mm - réduit cuirassé : 110mm - blockhaus : 120mm - double coque, sauf pour les deux premières tranches avant - 10 cloisons étanches transversales formant 11 tranches, totalisant 185 compartiments étanches.Armement : trois 340 Mle 1887 (tourelle double avant et simple arrière) approvisionnés d'abord à 117 coups au total, plus tard à 183 coups - dix 164,7 Mle 1893 (quatre en tourelles simples et deux casemates de trois pièces) avec au total 1 525 coups - quatre 65 Mle 1891 simples avec 1 611 coups - deux 65 Mle 1881 pour la compagnie de débarquement - à l'origine, deux 37 Mle 1885 qui furent supprimés - seize 47 Mle 1885 simples avec 7 608 coups dont, à l'origine, quatre dans chaque hune avant et arrière - quatre tubes lance-torpilles de 450 - six projecteurs de 60 mm.
Drôme: 1 vedette White, 2 vapeurs, 1 chaloupe, 3 canots, 2 baleinières, 1 youyou, 2 berthons, 1 plate à l'origine comportant en plus 2 canots, 2 baleinières et une plate, qui furent supprimés lors de l'allègement des hauts.
Effectifs : 696 officiers et hommes au total
Luc Féron, dans un article publié dans Marine guerre et commerce de juillet 1991, affirme que le cuirassé Brennus était "un navire parfaitement raté, complètement périmé à son entrée en fonction, et qui rendit peu de service en escadre. Alors que la construction des quatre cuirassés Hoche, Marceau, Neptune et Magenta était acquise ou commencée, la décision fut prise en 1882 de mettre en chantier deux nouvelles unités à l'arsenal de Lorient et à celui de Toulon. Les nouveaux cuirassés devaient être inspirés de la technique utilisée à cette époque en Italie et en Angleterre sur les cuirassés Dandolo et Inflexible. Comme leurs homologues étrangers, ces cuirassés devaient porter une artillerie principale de quatre pièces de gros calibre, réparties dans deux tourelles fermées disposées en biais au centre de la coque. Comme sur les Magenta, cette artillerie aurait été constituée de pièces du calibre 34."
Entre 1882 et 1888 les plans subissent de nombreuses modifications qui retardent la construction. Brennus est lancé le 17 octobre 1891. Le prix de la construction est de 25 083 675 F.
Lors des essais de stabilité en 1894 le poids de son artillerie battant tribord et celui des 750 hommes rangés du même bord lui donnent une gîte d'environ 28°, avec les volées (20) des 164,7 entrant dans l'eau jusqu'à mi-tube. La décision est prise d'alléger les hauts. Le can supérieur de la ceinture cuirassée, large de près d'un mètre et à une vingtaine de centimètres en moyenne au dessus de l'eau, est accusé d'aggraver le danger de chavirement. Les travaux d'allègement comprennent :
- la suppression du mât militaire arrière, remplacé par un mât de signaux à pible de 33,08m de haut;
- la suppression des enveloppes des cheminées;
- le remplacement, au pont supérieur, des grands portiques pour embarcations par des bossoirs plus légers;
- le débarquement des cinq embarcations mentionnés;
- la pose d'un soufflage appuyé sur le can supérieur de la ceinture cuirassée.

Le 1er décembre 1894, les travaux sont terminés et le Brennus est mis en réserve. Il arme pour des essais de stabilité qui semblent donner satisfaction en août 1895. Cependant ces essais sont arrêtés par suite d'une avarie de servo-moteurs, puis par l'échauffement anormal des bielles et enfin, en raison de l'échauffement des pompes de circulation. En décembre, il atteint 17,10 noeuds et est affecté le 26 janvier 1896 à l'escadre de Méditerranée... En 1900, on installe sur le Brennus la T.S.F., pour laquelle on grée au mât avant un mât de flèche qui porte sa hauteur totale à 46,70 m et à l'arrière un autre mât de flèche atteignant 48,90 m.
C'est à cette époque que le Brennus s'adorne d'une figure de proue : un buste en bois de Cérês, ramené par son commandant, le CV Boué de Lapeyrère, virilisé par le rabotage des bossoirs et l'addition de longues moustaches à la gauloise et coiffé d'un casque ailé en cuivre jaune...
Le Brennus devient, en 1911, bâtiment amiral de la Division de Écoles, puis est placé, l'année suivante, en réserve normale. Il est désarmé en 1914 et utilisé comme annexe du Ve Dépôt des Équipages pour les passagers comme pour les permissionnaires de l'armée navale. En 1919, il est rayé, remis en paiement à l'entreprise chargée du renflouement de l'épave de la Liberté, puis, en 1922, dépecé dans sa 37e année après 14 ans de service actif.