jeudi 5 août 2010

Le 12 août 2000, le sous-marin Kursk disparaît en mer de Barents



En 2000, la marine russe est la deuxième marine militaire au monde, derrière celle des États-Unis. Sa principale composante est la flotte sous-marine, avec 17 sous-marins nucléaires lance-missiles stratégiques porteurs de têtes nucléaires, 11 sous-marins nucléaires lance-missiles aérodynamiques anti-navires, 22 sous-marins nucléaires d'attaque; et enfin 26 sous-marins classiques plus anciens. Parmi les sous-marins nucléaires lance-missiles aérodynamiques, 10 appartiennent au type Antey-949 A, connu par les forces de l'Otan sous le nom de code Oscar II. Parmi ceux-ci, l'un des plus récents a pour nom Kursk.

La classification des navires soviétiques et russes
Les classes de navires de l'ex-Union Soviétique portent tous un nom de code qui leur est donné par l'OTAN. Il s'agit là d'une survivance de la guerre froide ou, étant donné le secret entourant leur construction, les navires soviétiques n'étaient connus que lorsque l'on découvrait leur existence parfois tardivement. En outre le nom russe n'était que rarement connu, il fallait les désigner pour pouvoir les reconnaître, et divulguer les informations les concernant aux forces navales des pays membres de l'Otan susceptibles de les rencontrer, d'autant qu'il s'agissait d'ennemis potentiels. Depuis, l'usage de ces codes a été conservé, ils sont plus pratiques que le système en vigueur dans la marine russe. Les Russes eux ne parlent pas de classe, mais de projet. Le type Antey - 949 A est le nom du projet auquel appartient le Kursk dans la nomenclature officielle russe.
Le Kursk est appelé aussi K141. En effet, les sous-marins russes sont désignés par une lettre et un numéro et, éventuellement, mais pas toujours par un nom. C'est la dixième unité de ce type construite, sur un total prévu de 14. Onze seront terminés, la construction des trois derniers exemplaires ayant été abandonnée en 1996.
Le prototype de cette classe, le K148, est entré en service en 1986. Au 1er janvier 2010, 9 bâtiments de ce type étaient toujours en service.
Tous ont été construits dans les chantiers navals de Severodvinsk près d'Arkhangelsk, où sont construits la plupart des sous-marins nucléaires russes.

Les caractéristiques des Oscar II (il s'agit de la deuxième version connue du type Oscar)
Déplacement : 14 700 t en surface, 24 000 t en plongée,
Dimensions :155 m x 18,2 m x 9 m
Équipage : 107 h
Armement : 24 missiles SS N 19
4 tubes lance-torpilles de 533 mm
2 tubes de 650 mm
24 torpilles ou missiles
2 réacteurs nucléaires, turbines à vapeur, 2 hélices à 7 pales, 98 000 CV
Vitesse : 15,4 noeuds en surface, 32 nœuds en plongée
Comme la plupart des sous-marins nucléaires russes ces bâtiments sont dotés d'un revêtement anéchoïque externe qui a la propriété d'absorber les impulsions sonar, et partant, de diminuer l'intensité des échos réfléchis, ce qui les rend difficilement repérables. Ces sous-marins plongent jusqu'à 520 mètres en opération, 600 m en plongée maximale.

Histoire du Kursk
Mis sur cale en 1990, lancé en mai 1994, le Kursk est entré en service en décembre 1994. En 1995, il fait partie de la flottille du nord. En 1999, il est en patrouille en Atlantique puis en Méditerranée (espionnage de la VIe flotte US pendant la guerre du Kosovo). En 2000, il est désigné pour tirer des torpilles d'exercice en mer de Barents sur un croiseur russe.
Le naufrage
Le 12 août 2000, le Kursk coule suite à l'explosion d'une torpille dans le compartiment avant du sous-marin. Une deuxième explosion, beaucoup plus forte, a lieu lorsque le sous-marin touche le fond de la mer. Dans un premier temps, 23 marins survivent aux deux explosions et se réfugient à l'arrière.


La Russie tente de les secourir en envoyant un navire de sauvetage, qui arrive 24 heures plus tard sur les lieux du naufrage avec des petits submersibles d'assistance mais ceux-ci ne parviennent pas à s'arrimer aux issues de secours du Kursk.
Le 16 août, la Russie se résigne enfin à accepter l'aide britannique et norvégienne. Le 20 août, en raison de l'inclinaison du sous-marin, un mini-submersible britannique échoue dans une tentative d'arrimage au sous-marin, mais, constatant que les derniers compartiments sont désormais inondés et donc qu'il ne peut plus y avoir de survivants, la mission de sauvetage est interrompue. Au total, 118 marins perdront la vie.

Le renflouement
Le renflouement du Kursk est un véritable exploit. Vladimir Poutine prend l'initiative de l'opération destinée à récupérer les corps des marins et à déterminer les causes du naufrage. La Société néerlandaise Mammoet obtient le contrat pour tenter le renflouement, et envoie sur place un bateau spécialisé : le Giant 4.
Le compartiment avant des torpilles est découpé et laissé au fond ; périscopes et antennes sont sciés pour faciliter la remontée. 26 câbles sont fixés sur la partie centrale du sous-marin ; la remontée sous le Giant 4 prendra 11 heures. Le sous-marin toujours accroché sous le Giant 4 est ensuite remorqué au port de Roslyakovo et mis en cale sèche le 8 octobre 2001. Le renflouement permet l'identification et la mise en terre des corps restés prisonniers de l'épave et le début de l'enquête sur les circonstances du naufrage.

L'enquête
L'enquête officielle sur les causes de la tragédie avalise l'hypothèse de l'explosion d'une torpille due à une fuite du liquide propulseur. Ce type de torpilles dit Tolstushka dont l'inflammabilité du liquide propulseur est jugée trop dangereuse sera retiré du service après la catastrophe.
La deuxième explosion ressentie, résulte du choc du sous-marin au fond de la mer. Ce choc et la hausse de température dûe à la première explosion a déclenché l'explosion d'autres torpilles ; la coque prévue pour résister à des pressions à 1 000 mètres de profondeur a été éventrée sur une surface de 2 m2.







Enfin, précision historique, ce submersible, comme tous ceux de cette classe, porte le nom d'une ville soviétique notoire. Voir ici l'article du très sérieux site Hérodote, spécialiste de l'histoire, consacré à la bataille de Kursk au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Alain