mercredi 24 décembre 2008

Les Naufragés (conte de Noël) 3/3

Bonnes fêtes de Noël à nos lecteurs et amis, amoureux de la mer et de ses bateaux

Dans nos archives, nous avons trouvé ce petit livre illustré d’images d’Épinal – Album d'images Les marins Naufragés, Olivier Pinot, éditeur à Épinal. Epilogue de notre conte de Noël commencé le 7 décembre.
Bien entendu, on n’écrirait plus ces aventures comme cela de nos jours, ni dans la forme, ni dans le fond mais j’ai lu dans mon enfance des histoires comme celle-là et je me suis dit que nombre de nos fidèles aimeraient aussi en retrouver l’esprit. Bonnes fêtes! CM

«Par une de ces nuits des tropiques, quand l'atmosphère fait pressentir l’orage prochain. Quand l’air raréfié, chaud et lourd, laisse à peine respirer , nos matelots dédaignant leur cabane, s'étaient couchés en plein air et reposaient tranquillement. La nuit était sombre, le ciel sans étoiles. Tout à coup, au loin sur les flots, la sentinelle entend un bruit qui s’intensifie et semble se rapprocher du rivage. Il croit reconnaître le bruit causé par un grand nombre de rames… Ce ne pouvait être que des sauvages, car des Européens ne se hasarderaient jamais à aborder en canots, de nuit, une terre inconnue. »

«Un bon moment se passe dans l’anxiété, car le jour ne permettait pas encore de distinguer aux environs.
Tout d’un coup, d’immenses éclats de rire retentirent dans les arbres, et les marins envoyés en vedettes dégringolaient de leurs postes d'observation en riant… le bruit venait tout bonnement d'une énorme bande de phoques ou veaux marins!»

Ah! messieurs, vous nous avez fait passer une nuit blanche, ou plutôt noire d'inquiétude ; mais vous allez nous payer cela. En un quart d'heure, ils eurent fait une affreuse boucherie. Nos matelots firent ample provision de peaux, de viande et surtout de graisse…

Bien des jours s’étaient écoulés, les pauvres naufragés passaient leur temps à la chasse et à la pêche. Un jour, bien avant dans l'intérieur de l’île, ils trouvèrent une quantité d’ossements à l’entrée d’une caverne. S’étant bien imprudemment hasardé dans sa découverte, six hommes se trouvèrent pris entre deux feux. De puissants rugissements retentissant devant et derrière eux.

Mes enfants, dit le chef, barricadons-nous dans cet antre, nous aurons plus facile à nous défendre.

«Il était temps car à cinquante pas s’avançait un énorme lion à crinière noire, suivi de sa lionne, le mâle portait entre ses dents une antilope entière, sans paraître embarrassé ni chargé de son lourd fardeau… deux coups de feu atteignirent le lion, l'un lui brisa une patte, l’autre lui laboura les flancs… Un balle du vieux chef arrêta sa course finale, il avait le cœur traversé. Une décharge générale renversa la lionne qui, malgré cela, s’éloigna. Nos marins se croyaient déjà maîtres du champ de bataille et allaient sortir quand de nouveaux rugissements se firent entendre. La lionne était allé chercher le renfort de deux autres lions qui se tenaient en embuscade, empêchant toute sortie…» Pour échapper à «l’antre où l'air était méphitique, vicié par les débris de chair en putréfaction», servant d’appât, un mari s'avança au devant des lions qui se jetèrent sur lui. Le subterfuge réussit car les lions tombèrent sous les coups de fusils de ses compagnons retranchés.

Ainsi, d'aventure en aventure, les saisons se succédèrent. «Depuis bien longtemps, les vêtements qu'ils avaient sauvés du naufrage étaient tombés en lambeaux, tant bien que mal ils étaient couverts entièrement de peaux ; avec leurs barbes incultes et leurs longs cheveux, les naufragés ressemblaient bien plutôt à d’affreux sauvages qu’à des hommes civilisés… La poudre manquait et l'ingéniosité des pièges que leur avait enseignés le vieux maître ne suffisait plus à les nourrir décemment. Leur position devenait affreuse, et il ne pouvaient pas prévoir combien de temps ils devaient rester sur cette terre déserte, exposés à la famine, aux privations de toutes sortes et aux plus effroyables dangers. »

«Enfin le navire si ardemment attendu, apparut un jour à quelques milles du bord. Les naufragés avertis par leur vedette, poussèrent des cris d’allégresse, coururent à la côte allumer de grands feux… Bientôt les naufragés, avec des larmes de joie et de reconnaissance, sautèrent au cou des marins qui venaient les sauver. Le navire était un vaisseau de haut bord de la marine royale d’Angleterre. Au moment où la chaloupe s'éloignait du rivage, la nuit tombait et les voix formidables des lions et des tigres commençaient à retentir sur toute l'étendue de l’île. Il semblait qu’ils célébrassent par ce concert de rugissements le départ des hommes qui étaient venus troubler leur solitude et leur déclarer une guerre acharnée où tant des leurs avaient trouvé la mort.»
Fin